Historique
Les premiers chants
thermiques sont liés à l’apparition d’une atmosphère terrestre
inégalement réchauffée par le soleil : Ainsi, l’orage et le
déchirement de la foudre sont générés par le frottement des masses
d’air chaudes et froides.
Le souffle du vent, les rythmiques issues du ressac des océans, le
martèlement de la pluie dans le feuillage, autant de chants
thermiques qui ont bercés l’apparition de la conscience humaine.
Beaucoup plus tard, fin
dix-huitième siècle, André Lavignac, musicien, et Erich Kästner,
physicien, conçoivent le Pyrophone, premier instrument de « musique »
fonctionnant avec du feu. Il utilise le gaz d’éclairage, est muni d’un
buffet d’orgue en noyer verni et ses quelques touches lui permettent
de produire une dizaine de notes difficiles à maîtriser. Finalement,
la sensibilité très positiviste de l’époque lui préfère sans équivoque
les instruments tempérés car le pyrophone, à cause des variations de
température autour de ses brûleurs, joue « faux ». Il sera abandonné
au dix neuvième siècle.
Place alors aux synthétiseurs,
fonctionnant avec l’énergie électrique quantifiable et maîtrisable…
Mais au vingtième siècle, des créateurs inspirés comme John Cage (avec
ses pianos préparés) et Giacinto Scelsi, (mise en valeur des
micro-tonalités), relancent l’intérêt pour les instruments non
tempérés…
Le but de la création des CHANTS
THERMIQUES
A l’opposé du Pyrophone,
mes instruments thermiques ont été conçus, hors de toute contingence
musicale, pour permettre aux vibrations complexes, aléatoires, de
naître et parfois de s’organiser entre elles. (phénomènes de sympathie
en fonction des fréquences. )
Les instruments thermiques transforment ainsi l’énergie du feu
en un univers sonore et visuel à mi-chemin entre notre environnement
« naturel » et « culturel ». Le but des chants thermiques consiste à
retrouver le fil reliant ces deux pôles artificiellement séparés.
Le choix des projets
s’effectue donc en fonction d’une sensibilisation à divers éléments
émotionnels qui nous relient affectivement à notre environnement.
Peut-être peut-on ainsi réussir à transformer quelques rêves de notre
inconscient en une réalité susceptible de nous émouvoir
car, dans nos sociétés « évoluées »,
nous avons perdu conscience de la force symbolique des éléments qui
ont entouré la naissance de la vie sur Terre…
Le plus souvent
intéressés par l’idée de domination et de maîtrise de notre
environnement par le biais d’une exploitation intensive des ressources
naturelles, nous nous efforçons d’assouvir tous nos besoins matériels.
Or, paradoxalement, nous sommes aujourd’hui confrontés aux tempêtes,
aux inondations, aux incendies, à tous ces déséquilibres que nous
générons en partie nous-mêmes.
Cette apparente maîtrise de l’espace qui nous entoure nous a fait
perdre de vue, par voie de conséquence, la mystérieuse force positive
des phénomènes aléatoires ainsi que la somme des
« hasards organisateurs » * qui ont participé à notre naissance.
Coupé de ces éléments
fondateurs que nous ne reconnaissons plus, parfois même insensibles
aux besoins vitaux de notre propre corps, blottis dans nos ghettos
matériels, nous perdons pied en éprouvant la sensation que le monde
redevient hostile à notre présence.
Les Chants Thermiques ne
proposent, bien évidemment aucun discours, aucune solution. La raison
et la conscience ne sont pas directement impliquées, de prime abord,
dans ce retour aux sources par le biais des vibrations thermiques. Il
s’agit plutôt ici d’un essai de réconciliation entre les vibrations
de l’air, de l’eau, du feu, et les éléments constitutifs de notre
corps, notre respiration, notre combustion, notre irrigation interne,
nos différents rythmes cardiaques, toute notre « machinerie »
elle-même émotionnellement ouverte sur le monde.
Accepter l’idée que la moindre émotion peut « dérègler » de façon
positive notre fonctionnement corporel peut nous permettre de prendre
conscience d’une possibilité de symbiose avec le monde extérieur…
Doit-on maîtriser notre environnement ou, de façon plus sensible, se
mettre à son écoute ?…
Peut être
pourrait-on parler d'une tentative de dialogue, d'un essai de jonction
avec ces éléments mystérieux de notre univers dont nous sommes
vraisemblablement issus ?
La vie
secrète de notre organisme, le souffle de notre combustion interne,
notre affectivité, ainsi d'ailleurs que le mystère global de nos vies
qui naissent puis déclinent comme un incendie, tout cet ensemble -
dont nous avons peur autant que du feu - est sans doute assez proche
des fluctuations sonores issues des instruments thermiques.
* Jacques Atlan : « Entre le Cristal et la Fumée »
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